Marathon de Toronto 2007

Marathon de Toronto 2007

Marc au Marathon de Toronto, octobre 2007

Je l’exprime d’emblée : je n’ai jamais beaucoup aimé Toronto et particulièrement son immense aéroport qui rappelle un peu l’échec de Mirabel et par lequel j’ai trop souvent été obligé de transiter, sa communauté de banquiers et avocats d’affaires qui semblent perpétuellement dégager cet insupportable sentiment (pour les autres) de trôner au sommet du monde et ses équipes professionnelles de hockey et football qui prennent un malin plaisir à vaincre les nôtres. De plus, j’ai toujours eu l’impression que les gens n’y vivaient que pour travailler intensément, amasser beaucoup d’argent et le dépenser tout aussi intensément afin d’en mettre plein la vue. Il me semble également que ce désir d’étaler le succès soit le leitmotiv de cette ville, ainsi qu’en témoigne l’utilisation ad nauseam de « world-class city » pour dépeindre la Ville-Reine dans la presse écrite de même que la documentation promotionnelle de la ville et ses événements

Réalité ou expression d’un complexe d’infériorité du Montréalais que je suis? Et pourquoi ce préambule en apparence dénué de pertinence? Afin de vous permettre de bien mesurer à quel point j’ai apprécié le marathon de Toronto (www.runtoronto.com) puisque je commence désormais à me réconcilier avec le mot « Toronto »! Bref, j’ai vécu un super week end que j’ai eu le privilège de partager avec mon ami et mentor Gilles, l’humaniste du Club, ainsi que Normand Papin, un ancien du Club qui renouait avec le marathon (son 26e) après un hiatus de 21 ans!

Le marathon de Toronto ce 14 octobre 2007 en était à sa 13e année d’existence. Étrangement, il suit d’à peine deux semaines son « jumeau », le Scotiabank Toronto Waterfront Marathon (www.torontowaterfrontmarathon.com) organisé sous l’égide du circuit Canada Running Series (www.canadarunningseries.com), lequel organise aussi le demi-marathon de Montréal au Parc Jean-Drapeau au mois d’avril. Personnellement, je trouve un peu dommage, surtout pour les gens de la région, que les 2 épreuves aient lieu presqu’en même temps puisque cela oblige pratiquement les amateurs à n’en faire qu’un seul. J’attendrai bien sûr d’avoir parcouru l’autre marathon avant de me prêter au jeu des comparaisons. Toutefois, à première vue, le parcours du Waterfront, comme son nom l’indique, se déroule essentiellement près des berges du Lac Ontario alors que « notre » marathon offre un trajet plus varié; d’autre part, le Waterfront semble attirer davantage de coureurs élites et semble générer une plus grande visibilité.

Quoiqu’il en soit, nous sommes arrivés au Hilton du centre-ville vers midi après un départ matinal de St-Bruno. Hôtel officiel de l’événement, les cartes d’accès aux chambres étaient illustrées aux couleurs du marathon et il va sans dire que la mienne fait dorénavant partie de ma collection d’objets souvenirs. Naturellement, l’après-midi fut consacré au pèlerinage traditionnel à l’Expo Santé pour le retrait des dossards (où les noms complets apparaissent), la remise du T-shirt « technique » et un peu de magasinage de vêtements de course. Après être allés arpenter les 2 derniers kilomètres du parcours tout près, ce fut l’heure de la sieste.

Le souper aux pâtes s’est avéré tout-à-fait mémorable, non pas tant pour l’aspect culinaire que grâce au panel extraordinaire de conférenciers dont Dick Beardsley, célèbre pour son duel avec Alberto Salazar sous le soleil brûlant du marathon de Boston de 1982; Kathrine Switzer, pionnière du marathon conjugué au féminin, organisatrice du programme Avon et auteure de « 26.2 Stories », un livre rempli d’émotions et de photos saisissantes (qu’elle dédicaçait plus tard en soirée); et Bart Yasso, directeur de la promotion de la revue Runner’s World, a.k.a. la « Bible » des coureurs, qui nous a présenté un diaporama de ses compétitions les plus intéressantes ou insolites avec une simplicité désarmante et un sens de l’humour remarquable. Il a su faire rire alors qu’il décrivait son expérience au Badwater, épreuve de 146 milles dans la Vallée de la Mort (États-Unis) ! Quant à Mme Switzer, elle nous a relaté la « chasse à l’homme » dont elle fut l’objet lors de sa première participation au marathon de Boston en 1967 (à une époque où le marathon n’était pas accessible aux femmes); un excellent compte-rendu de cet épisode paraissait dans l’édition de mai 2007 du Runner’s World sous le titre « The girl who started it all ». Bref, quelle soirée !

Le lendemain, après un moment d’anxiété attribuable à l’arrivée tardive des navettes nous emmenant vers le lieu de départ, nous nous sommes élancés à 9h00 AM du Mel Lastman Square, au nord de Toronto, pour ensuite longer la rue Yonge, un mélange de nos rues Ste-Catherine et St-Laurent puisqu’il s’agit de la principale artère commerciale et qu’elle sépare l’est de l’ouest de la ville. Après une montée costaude vers le 4e kilomètre, le parcours est descendant vers le centre-ville; au 12e kilomètre, nous contournons l’impressionnant Casa Loma, un véritable château construit entre 1911 et 1914 par Sir Henry Mill Pellatt, un important financier, industriel et militaire, au coût de 3,5 millions $ à l’époque! Par la suite, après avoir croisé l’élégante rue Bloor, nous empruntons le Rosedale Valley Road et entrons dans un parc magnifique.

Toutefois, cet écrin de verdure, régal pour les yeux, me fit oublier le degré assez prononcé de la pente descendante. Ainsi, lors de mon passage au centre-ville, en moitié de parcours, de mauvaises raideurs se manifestèrent aux quadriceps, ce qui s’avéra un mauvais présage. Mon temps de 1h32 au demi (en avance de 4 minutes sur l’objectif) s’avéra un autre voyant lumineux s’allumant sur mon tableau de bord. J’allais payer le prix en seconde moitié de parcours.

Cette seconde portion s’effectuait essentiellement près de la rive du Lac Ontario vers l’ouest, en mode aller-retour, et les derniers kilomètres consistaient à revenir au centre-ville pour y remonter la belle avenue University (légère pente ascendante) vers l’arrivée à Queen’s Park où loge l’Assemblée législative de la province et le siège de son gouvernement. Somme toute, je ne peux que constater la variété de ce très beau parcours : quartier financier, rue commerçante, boisé, lac, avec en prime la proximité de plusieurs landmarks Torontois comme la Tour du CN.

Cette seconde moitié m’a semblé s’éterniser quelque peu et j’ai encore malheureusement dû employer quelques « walk breaks ». M’ayant rattrapé après le 41e kilomètre, mon ami Gilles m’a tiré jusqu’au fil d’arrivée. Nous étions devant le Princess Margaret Hospital, un leader dans la lutte contre le cancer au profit duquel des fonds étaient levés dans le cadre du marathon, lorsqu’il m’a rejoint. Ses grands gestes de salutation dirigés vers l’hôpital m’ont encouragé à terminer la course avec sérénité.

À l’arrivée, après avoir reçu la médaille traditionnelle (la mascotte du marathon qui y est illustrée ressemble au personnage dessiné de l’émission « Le Saint » de ma jeunesse) et en cherchant la tente de ravitaillement, nous sommes entrés par erreur dans la tente de massothérapie au moment où ces gens cherchaient 2 volontaires ! On ne peut vraiment pas dire que nous avons passé un mauvais quart d’heure…

Pour fins de statistiques, le gagnant (un Torontois) inscrivait un résultat de 2h21 et la première dame, de 2h58; 1748 des 1773 participants ont franchi le fil d’arrivée. Gilles, avec 3h18 et 56s. m’a devancé d’une seconde et s’est mérité une seconde place dans sa catégorie d’âge. Malgré une mauvaise gestion de course, j’ai tout de même réalisé mon meilleur temps avec une 22e place sur 229 dans mon groupe d’âge (124e au total); Normand, qui se remettait à peine d’une blessure au pied, nous suivait de peu avec 3h43 et une 11e place dans son groupe d’âge; le dernier marathonien rentrait au bercail après un séjour de 7h03 sur le bitume.

Bref, je constate qu’il s’agit d’un événement bien rodé; à nouveau, il convient d’apprécier le travail et les encouragements enthousiastes des bénévoles aux tables d’approvisionnement ou aux intersections. À l’instar du marathon d’Ottawa, quelques « supporteurs » personnalisaient leurs encouragements en scandant notre nom puisque celui-ci apparaît sur notre dossard; une bonne idée à mon avis !

Toronto s’avéra donc une expérience formidable, un moment privilégié partagé avec des amis coureurs que j’estime beaucoup. Ainsi que Gilles l’a dit : « un repas gastronomique perd beaucoup de sa saveur si on est seul à table ».

Enfin, je n’aurais jamais pensé esquisser un sourire en évoquant un souvenir de Toronto ! Je dois dire que le parcours, l’ensemble de l’organisation, les éléments accessoires tels que le site web (où l’on peut y télécharger un certificat d’accomplissement assez unique en son genre – voir la case « Runpix » et inscrivez un numéro de dossard), le pasta dinner et surtout… les gens furent à la hauteur d’un événement « world class »!

Marc Dagenais

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