Marathon de Denver 2008

Marathon de Denver 2008

Courir en altitude

En tant que marathoniens, nous essayons tous un jour ou l’autre de repousser nos limites. C’est ce que je souhaitais en participant à mon 10e marathon à Denver (Colorado), tout juste 2 petites semaines après avoir complété le marathon WineGlass (Corning, État de New York). Le second volet de mon défi était de courir les 26,2 milles à une altitude moyenne de 5280 pieds puisque Denver est aussi désignée « the Mile High City ».

Ce jeune marathon (www.denvermarathon.com) en était à sa 3e édition le 19 octobre dernier alors que la ville célèbre cette année son 150e anniversaire. Cette belle ville moderne s’étend au pied des magnifiques montagnes Rocheuses sur un haut plateau. Durant tout le week end, la température fut des plus agréables grimpant jusqu’à plus de 20 degrés Celsius en milieu de journée avec du soleil à revendre; le temps clair nous a permis d’apercevoir les Rocheuses à plusieurs endroits du centre-ville.

Je suis arrivé samedi avec Bruno St-Pierre, membre du club de St-Bruno et du 50 States Club (http://www.50statesmarathonclub.com/50dc/index.html), un regroupement de marathoniens dont l’objectif est de compléter au moins un marathon dans chacun des 50 États; Bruno en était à son 32e marathon en vue de cet objectif (il en faut 10 pour devenir membre). Nous n’avons pas tardé à nous rendre au Health & Fitness Expo qui avait lieu à l’intérieur du vaste et très moderne palais des congrès, au centre-ville.

L’Expo était de bonne taille avec de nombreux kiosques; toutefois, en recevant notre « kit » du coureur, nous eurent la surprise d’y trouver un T-shirt en coton! Alors que la très grande majorité des événements de course à pied offrent maintenant des vêtements « techniques » et considérant un frais d’inscription supérieur à 100 $, le mot « cheap » m’est promptement apparu à l’esprit. D’ailleurs, les quelques blogueurs qui ont commenté l’événement sur (www.marathonguide.com) n’ont pas manqué d’exprimer un sentiment similaire.

Par ailleurs, plusieurs exposés étaient prévus à l’Expo et nous avons eu le plaisir d’entendre Alan Culpepper, un athlète accompli bien connu aux États-Unis et gagnant des essais olympiques américains en 2004. Son « PR » de 2h09 au marathon de Chicago lui a valu d’égaler le record U.S. pour un premier marathon jusqu’alors détenu sans partage par le célèbre Alberto Salazar. Très sympathique et ouvert aux nombreuses questions, M. Culpepper nous a notamment livré quelques trucs pour la course en altitude.

Je retiens qu’après un effort plus intense ayant fait grimper les pulsations (par exemple, en attaquant une montée de façon agressive), il est nettement plus difficile par la suite de ramener le rythme cardiaque et la respiration à un niveau plus normal, alors qu’il suffit de quelques minutes d’effort modéré en basse altitude. De plus, il n’existe pas de règle universelle quant à la durée du temps d’acclimatation (en altitude) préalable à une épreuve sportive comme un marathon; il semble que ce soit variable d’un individu à l’autre puisque certains ne ressentent l’effet d’altitude qu’après quelques jours sur les lieux (à retardement en quelque sorte).

Après une bonne sieste, nous avons participé au « pasta dinner » qui avait lieu à notre hôtel, judicieusement situé à proximité des lieux de départ et d’arrivée, au centre-ville. Pour bien se préparer au départ matinal du lendemain à 7h00, le lever du corps eut lieu à 4h00 afin de permettre un petit-déjeuner qui respecte cette loi non-écrite instituant un délai de 3 heures au préalable. Au signal de départ, le soleil commençait à peine à se lever et la cohorte de coureurs s’ébranlait à la mi-pénombre. En l’absence de décor naturel dans cet environnement exclusivement urbain, les reflets du soleil matinal sur certains édifices au cours des 30 premières minutes, donnait tout de même un peu plus de couleur au mobilier urbain.

Outre l’épreuve-phare, l’événement comportait aussi un marathon à relais et un demi-marathon, et les 3 épreuves débutaient simultanément, congestionnant un peu la circulation pour le premier mille. Les demi-marathoniens nous ont accompagné jusqu’au 12e mille où ils bifurquaient pour rentrer au bercail, produisant ainsi un drôle d’effet sur la dynamique du peloton puisque, tout à coup, le nombre de coureurs encore sur le parcours baissa dramatiquement et nous avions beaucoup d’espace après avoir couru presqu’au coude-à-coude l’instant précédent.

Quoiqu’entièrement urbain, le parcours était tout de même assez beau, offrant une vue sur les Rocheuses à certains endroits. L’aire de départ et d’arrivée était adjacente au magnifique bâtiment du Capitole. Le peloton circulait à l’intérieur de 3 parcs en plus de passer à côté du Pepsi Center (domicile de l’équipe de hockey) et du Coors Field (baseball). À la mi-parcours, on longeait une large avenue bordée d’arbres matures et de résidences cossues. Mis à part quelques petites dénivellations et faux-plats, le tracé présentait bien peu de relief puisque la ville repose sur un haut plateau tout juste à côté des montagnes.

Tout au long du marathon, je n’ai jamais atteint mon « second souffle », ma respiration demeurant légèrement ardue. Au 10e mille, j’avais hâte de terminer. De plus, j’étais un peu plus courbaturé qu’à Corning et, à compter du 18e mille, j’ai fait quelques très courtes pauses de marche. Malgré tout, je considère mon temps de 3h28 aussi bon sinon meilleur que celui de 3h15 à WineGlass. Bruno aussi a ressenti cet effet d’altitude; il a terminé sous les 4h00, un très bel exploit après plus de 40 marathons (et ultras) depuis janvier 2006.

Avec Dave McGillivray, également directeur du marathon de Boston, à sa tête, l’organisation s’est avérée à la hauteur en termes de signalisation, postes de ravitaillement, sécurité et « party » d’après-course; à cet égard, les fruits et bagels étaient offerts à volonté, ce qui change des événements où tout semble sévèrement contrôlé et rationné. Les médailles remises aux finissants sont belles mais sobres.

Nous pouvions aussi déguster à volonté une bonne bière locale près de l’aire d’arrivée, après les kiosques de denrées et la tente de massage. À ce sujet, j’y ai causé tout un émoi lorsqu’en pleine séance, j’ai crampé brusquement (mollet droit), exprimé quelques jurons à voix haute, fait paniquer la jeune massothérapeute qui était sur mon cas et fait intervenir le superviseur (un costaud à la carrure « soviétique »); je fus le centre d’attraction pour quelques minutes!

Le premier coureur compléta l’épreuve en 2h22 et la première coureuse, en 2h42; le 1723e et dernier marathonien fermait la marche en 6h31. 3890 autres coureurs ont terminé le demi-marathon et un total de près de 8000 participants (de 46 États et 13 pays) se sont mesurés à l’une ou l’autre des épreuves; après vérification sommaire, Bruno et moi étions les 2 seuls Québécois participant au marathon.

Le soir, j’ai dégusté un repas typiquement western au Buckhorn Exchange (www.buckhorn.com), en affaires depuis 1893, avec du serpent à sonnettes et des « Rocky Mountain Oysters » (je vous laisse deviner) en guise d’entrées, suivis par du bison et de l’orignal, le tout arrosé d’excellente bière locale. De quoi refaire le plein de protéines pour favoriser la récupération!

Marc Dagenais

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