Tucson Marathon 2008

Tucson Marathon 2008

 
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Courir dans le désert

Bien sûr, le titre est un brin exagéré!! Je n’ai point couru à travers le Sahara, mais plutôt participé au marathon de Tucson (Arizona) avec 5 amigos du club de St-Bruno. Cette ville, où les terre-pleins divisant les grandes avenues sont peuplés de beaux cactus élancés, nous garantissait tout de même un dépaysement complet en ce premier week end du mois de décembre.

Le nom officiel de l’événement, soit le « Holualoa Tucson Marathon« , apporte même une touche d’exotisme en évoquant une île paradisiaque du Pacifique Sud; pourtant, il s’agit de la dénomination d’une société immobilière locale qui est le principal commanditaire de la course.

Peu avant l’atterrissage, le bref survol de Phoenix, capitale et métropole de l’État, nous avait déjà permis d’apprécier la beauté particulière du paysage qui l’entoure, particulièrement ces montagnes rocailleuses presque dénuées de végétation mis à part de nombreux arbustes et de beaux spécimens de cactus. La route menant à Tucson a continué de nous charmer et la température clémente était vraiment confortable en ce vendredi après-midi; naturellement, on note vite l’absence de facteur « humidex ».

L’hôtel principal associé à l’événement, le Hilton El Conquistador Golf & Tennis Resort, est avantageusement niché au pied du massif des Monts Santa Catalina et nous offrait une vue splendide sur les environs. À l’écart de la ville, cet endroit qui ne souffre pas de pollution visuelle, nous offrait aussi un ciel étoilé qu’il nous a été permis de contempler dans le confort absolu d’un bain à remous extérieur. Ah! Volupté avant l’épreuve…

Photo source: Canada Français, 31 Déc 2008

Samedi matin fut naturellement consacré au retrait des dossards et à la visite du Health & Fitness Expo qui avait lieu à notre hôtel. Ce salon était relativement petit et convivial et notre trousse du coureur était à la hauteur, le T-shirt technique étant très léger. Les prénoms apparaissent sur les dossards et la puce électronique nous était fournie sous forme de languette auto-adhésive fixée aux lacets (voir www.chronotrack.com à ce sujet).

J’en profite pour glisser un mot sur Pam Reed, directrice de l’événement, dont je viens de terminer le captivant récit autobiographique, « The Extra Mile ». Son palmarès suscite les superlatifs : gagnante (« overall ») du mythique Badwater (www.badwater.com) en 2002 et 2003, un ultra-marathon de 135 milles parcouru dans la Vallée de la Mort (Californie) au milieu de l’été; et « recordwoman » des États-Unis pour les épreuves de 24 et 48 heures en plus de ses participations à plus de 100 marathons et quelques triathlons dont le mythique Ironman d’Hawaii. Elle repoussa les limites de l’endurance en devenant la première femme à avoir couru 300 milles sans dormir.

Nous avons profité du samedi après-midi pour visiter Tombstone, petite ville du sud de l’Arizona rendue célèbre par de nombreux films « western » dont le classique « Gunfight at OK Corral », produit en 1957 d’après la célèbre fusillade opposant Wyatt Earp (1848-1929) et ses frères à un clan de desperados. Plusieurs bâtiments d’époque furent restaurés dont le Big Nose Kate’s Saloon où nous nous sommes sustentés, entourés de personnages hauts en couleurs. De retour à l’hôtel, le souper de pâtes était animé avec de nombreux prix de présence; la bouffe était correcte, sans plus.

Le lendemain, pour ne pas louper le départ des navettes de l’hôtel à 5h00, le lever du corps eut lieu à 4h00. Le parcours du marathon en était un de type « point A au point B », la ligne de départ se trouvant près de la petite ville d’Oracle, au nord de Tucson. Les navettes ont roulé en campagne dans l’obscurité pour nous amener à cet endroit qui nous semblait au beau milieu de nulle part.

L’aire de départ, réduite à sa plus simple expression, nous semblait surréaliste : un gros projecteur éclairait ce qui allait devenir notre ligne de départ, alors que les alentours étaient encore plongés dans la noirceur. Des distributrices d’eau étaient regroupées tout près de la douzaine de toilettes portables. Arrivés sur le site vers 5h50, il nous restait à tuer le temps avant le départ fixé à 7h30 et, à part visiter le cabinet d’aisance ou les buissons (gare aux cactus!) à quelques reprises, le choix d’activités était plutôt restreint.

Heureusement que les autobus-navettes sont demeurés sur place, nous offrant ainsi un refuge difficile à refuser puisque le fond de l’air était assez frisquet. En outre, le rembourrage d’un siège d’autobus convient davantage au séant qu’un tas de cailloux ou un appui en polymère au-dessus de matières putrescibles. L’atmosphère s’est finalement réchauffée avec l’apparition des premières lueurs de l’aurore peu avant le départ.

Après nous avoir annoncé un retard possible parce que le système de chronométrage tardait à arriver sur le site, l’organisation confirmait l’heure prévue in extremis. Alors que je termine mon « travail » de dernière minute dans l’une des toilettes portables, l’annonceur signale qu’il reste une minute avant le signal puis, environ une quinzaine de secondes plus tard (une constatation partagée par d’autres), il entreprend le décompte : 10, 9, 8, 7… Je ne pense pas être sorti aussi rapidement d’un lieu d’aisance de toute ma vie. Ensuite, ce fut le festival du dépassement tous azimuts pour m’installer près du meneur d’allure (ou « lapin ») de 3h20.

Sauf en quelques endroits, le parcours du marathon est essentiellement descendant et nous amène d’une altitude de 4800 pieds (départ) vers 3080 pieds (arrivée). Je ne me souviens pas d’avoir ressenti l’effet d’altitude comme au marathon de Denver, sans doute parce que nous sommes descendus assez rapidement, notamment les 2 premiers milles (à l’instar du tracé de Boston). Après une légère remontée, nous redescendions l’équivalent de la hauteur du Mont Royal jusqu’au 10e mille où nous quittions la route principale pour effectuer un aller-retour sur le chemin menant à Biosphère II.

Je me permets un autre aparté pour mentionner qu’il s’agit d’un site expérimental construit entre 1987 et 1991 à grands frais par des promoteurs privés, afin de reproduire un système écologique artificiel clos (voir www.b2science.org ou le site Wikipedia à ce sujet). Deux missions habitées y eurent lieu dans les années 90. Actuellement, l’Université d’Arizona y poursuit des recherches bien que l’immense structure ne soit plus un système clos.

Chemin faisant vers cet endroit exceptionnel, nous pouvions contempler un beau massif montagneux avec des traces de neige au sommet. Par contre, nous faisions demi-tour à la barrière d’entrée de Biosphère II sans même apercevoir ne serait-ce qu’une partie de cette imposante structure. Dommage! Cette portion du parcours d’une longueur de près de 4 milles nous réservait une autre surprise, soit un relief passablement accidenté avec de bonnes montées dont le degré de difficulté était difficile à deviner en examinant le plan en relief de la course qui apparaît sur le site internet.

Après ce détour plus laborieux que prévu, le parcours nous entraînait ensuite dans un long toboggan descendant d’environ 1000 pieds jusqu’au 24e mille. Un peu plus loin, quelques joueurs de tam-tams nous insufflait ce qu’il fallait d’énergie pour affronter la dernière montée avant de terminer sur les terrains d’une école secondaire en banlieue nord-ouest de Tucson (soit Oro Valley), à l’ombre des Monts Santa Catalina.

Photo source: Canada Français, 31 Déc 2008

Dans l’ensemble, j’ai bien aimé le parcours qui nous offrait des paysages très différents du Québec. À l’exception des deux massifs montagneux dominant Biosphère II et l’aire d’arrivée, le relief était assez éloigné du parcours et notre route traversait une longue plaine désertique et inhabitée. D’aucuns ont trouvé le paysage assez répétitif, sans vie et triste, et tout coureur à la recherche d’encouragement des foules se serait définitivement trompé d’épreuve, cette course se prêtant davantage à l’introspection. Quant à la température du jour, elle s’est avérée très confortable et, par chance, le ciel demeuré nuageux nous épargna les chauds rayons de soleil (il aurait autrement été impossible de trouver de l’ombre).

La première section du parcours était littéralement fermée à toute circulation routière puis, à l’exception de la 2e moitié du dernier mille où les voitures nous frôlaient presque, la sécurité sur le reste du tracé était irréprochable avec une présence policière assurée à chaque intersection et une quantité phénoménale de cônes sur la route. Les postes de ravitaillement étaient adéquatement pourvus en eau et en… XOOD, la boisson énergisante concotée localement qui remplaçait l’éternel Gatorade; je n’ai pas détesté mais je sais que ce produit n’a pas fait l’unanimité!

À l’arrivée, les médailles remises aux finissants ont l’originalité d’épouser la forme du cactus mais sont bien petites; enfin, le buffet d’après-course avait peu à offrir en termes de solides (pretzels et tortillas au beurre d’arachides…hum!). Notre navette de retour à l’hôtel était pilotée par un Père Noël qui avait la bouille et la barbe de l’emploi.

Le premier marathonien compléta l’épreuve en 2h38 et la première coureuse, en 2h50; le 1004e et dernier marathonien fermait la marche en 7h56. Outre l’épreuve-phare, l’événement comportait aussi un demi-marathon que 1462 participants ont complété, et un marathon à relais comportant 60 équipes de 4 personnes, dont certaines aux noms évocateurs tels que « 3 Chicks & Richard », « Desert Divas » et « Fab, Fun & Fortyish ». Après vérification sommaire, nous n’étions que 8 Québécois participant au marathon.

Finalement, un séjour en Arizona ne serait sans doute pas complet sans une virée au Grand Canyon. Le lendemain du marathon, trois d’entre nous avons effectué une randonnée de 3h30 avec un dénivelé d’environ 2000 pieds à descendre puis remonter. Quel endroit magnifique !! Le matin suivant, il neigeait à Grand Canyon Village.

Paru dans l’hebdo ‘Le Canada Français’ du 31 décembre 2008,
voici un article relié avec photos de membres du club de St-Bruno.

Marc Dagenais

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