Around the Bay : un 115e anniversaire pluvieux

Around the Bay : un 115e anniversaire pluvieux

En ce dimanche gris et pluvieux du 29 mars dernier, la course Around the Bay célébrait son 115e anniversaire (oui, vous avez bien lu!). Cet événement historique existe depuis 1894, soit 3 ans avant le marathon de Boston, et revendique le titre de plus ancienne course à pied en Amérique du Nord. Les épreuves de cette course d’âge vénérable sont disputées en la ville très industrielle de Hamilton, située à l’extrémité ouest du Lac Ontario et à proximité de Toronto, avec une incursion dans la ville voisine de Burlington.

C’est un parcours de 30 km qui constitue l’épreuve phare de l’événement à laquelle s’ajoutent une course de 5 km ainsi que des relais (course) en 2 ou 3 étapes et un volet marche sur la distance de 30 km. L’épreuve de 30 km – course affichait complet depuis plusieurs semaines et l’organisation prévoit un cap de 7 000 inscriptions pour l’an prochain. Le nombre d’inscrits à toutes les épreuves dépassait 9 000, en hausse par rapport à l’année précédente.

C’est le propriétaire d’un journal local et d’une boutique de cigares qui est à l’origine de la course dont l’épreuve initiale fut disputée le jour de Noël. Au cours des premières décennies de son existence, plusieurs vainqueurs de cette course furent également gagnants du marathon de Boston, notamment Gérard Côté et Tom Longboat. Parmi les rares trucs récents, l’arrivée de la course à l’intérieur de l’amphithéâtre Copps Coliseum, domicile depuis 1996 du club de hockey des Bulldogs, le club école du Canadien de Montréal, remonte à l’année 2006.

Pour l’occasion, nous étions cinq du club du Mont St-Bruno (Nathalie Goyer, Mathieu Girard, Laurent Jugant, Daniel Lamontagne et votre serviteur) à y participer. Nous avions loué une fourgonnette pour voyager ensemble et ainsi profiter de l’atmosphère conviviale qui s’est non seulement avérée un antidote efficace à la platitude de l’autoroute 401 entre Montréal et Toronto, mais a donné lieu à des échanges enrichissants qui ont rendu le périple très agréable.

Samedi après-midi, nous sommes allés retirer nos dossards à l’Expo-Santé qui avait lieu au Copps Coliseum. Cet édifice de 17 500 sièges construit en 1985, fut ainsi nommé en l’honneur de l’ancien maire Victor K. Copps qui présida aux destinées de Hamilton durant 14 ans. Il est également père de Sheila Copps, ex-membre du notoire « Rat Pack » libéral fédéral et ancienne ministre du Patrimoine qui s’était fait connaître avec sa distribution « a mari usque ad mare » de petits drapeaux unifoliés. D’après les quelques informations trouvées sur le web, M. Copps aurait souffert d’une sévère crise cardiaque lors de la course Around the Bay en 1976, ce qui l’amena à se retirer de la vie publique. J’ignore à quelle épreuve il participait. 

À l’Expo, nous recevions un chandail technique (orange foncé!) à manches longues qui arbore l’inscription « Older than Boston » à l’endos. L’organisation est de toute évidence très fière de cette préséance, à juste titre!

Le lendemain, le départ du 30 km avait lieu tout près du Copps Coliseum à 9h30. Ayant un peu trop tardé à quitter le confort de celui-ci pour affronter la pluie, Daniel et moi avons abouti à la fin du peloton et avons dû nous résoudre à effectuer un très grand nombre de dépassements après le signal de départ. Puisque nous étions nombreux et plutôt serrés derrière la ligne de départ et les élites, un système d’enclos (« corrals ») aurait été bienvenu. Quoiqu’il en soit, l’intensité de la pluie avait diminué au départ et le mercure affichait quelques degrés Celsius au-dessus de zéro, ce qui a rendu l’exercice moins pénible qu’appréhendé.

Et c’est le départ ! Après les quelques centaines de mètres dans le centre-ville, les premiers 8-9 kilomètres traversaient essentiellement des quartiers typiquement ouvriers, un paysage urbain plutôt banal mais rien de surprenant puisque Hamilton est la ville des grandes aciéries. Il n’y avait aucune trace visuelle de cette baie qui donne son nom à la course avant le 12e kilomètre.

Du 12e au 17e km, le parcours est situé sur une petite bande de terre séparant la baie (que l’on devine plus qu’on ne voit) du Lac Ontario (que l’on aperçoit quelques fois entre les maisons). Sur l’artère nommée Beach Boulevard se trouvait la « Tin Pan Family » qui nous encourageait en frappant sur un assortiment assez varié de chaudrons et casseroles. Ils m’ont toutefois semblés moins nombreux que l’an dernier.

Un chauffard (quel con ce type!) s’est par ailleurs manifesté en sortant de son « driveway » sans crier gare pour couper brusquement le chemin aux coureurs; plus de peur que de mal heureusement. Après le 15e kilomètre, nous traversons un pont métallique au-dessus de l’écluse menant du lac à la baie (qu’on a très peu vue jusque là).

À Burlington, à partir du 18e km, le vrai travail commence avec une succession de petites côtes et quelques descentes assez raides, ce genre de descente que j’ai toujours de la difficulté à gérer. Sur North Shore Boulevard, le décor présente un contraste assez frappant avec les faubourgs ouvriers alors qu’on traverse un quartier plutôt cossu comptant plusieurs magnifiques demeures riveraines. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’on trouve ici les meilleurs points de vue sur la fameuse baie.

Contrairement à l’an dernier où j’avais souffert en grimpant ces côtes après avoir appuyé un peu trop sur l’accélérateur entre les 5e et 18e km, j’ai bien dosé mes efforts afin de gravir les montées sans difficulté, y compris la côte du 25e kilomètre qui est d’ailleurs immédiatement précédée d’une bonne descente que j’avais trouvée horrible l’an dernier.

L’énergie ainsi conservée et le moral au zénith, je me suis permis de nombreux dépassements au cours des 3 derniers kilomètres en légère pente descendante. Cela augure bien pour le marathon de Boston trois semaines plus tard. Ah oui! Le personnage de la Faucheuse était de retour pour nous taquiner au 28e km à côté du… cimetière!  Incidemment, la pluie avait cessé peu avant l’arrivée et le ciel commençait à se dégager.

L’arrivée à l’intérieur du Copps Coliseum, au beau milieu de l’amphithéâtre et avec plusieurs spectateurs dans les gradins, garantissait beaucoup d’ambiance. Personnellement, je trouve qu’une finale dans une enceinte sportive, à l’instar du marathon de Montréal qui se termine dans le Stade Olympique, ajoute un « je-ne-sais-quoi » d’intéressant à tout parcours.

Les médailles remises aux participants terminant l’épreuve étaient divisées en trois catégories : l’or pour les coureurs terminant en moins de 2h et les coureuses en moins de 2h15; l’argent pour moins de 2h15 (coureurs) et de 2h30 (coureuses); et le bronze pour tous les autres. À noter que c’est le temps officiel (« gun time ») et non réel (« chip time ») qui est utilisé pour cette répartition.

Je ne puis m’empêcher de penser qu’être parti vers l’avant du peloton, avoir évité tous ces zigzags de dépassements et avoir couru moins timidement sur le plat avant les côtes, m’auraient probablement permis d’obtenir l’argent; ce sera donc un incitatif pour revenir. Quant à mes amis, Laurent a pu décrocher l’or après l’avoir manqué de quelques petites secondes l’an dernier; Nathalie a terminé 3e chez les dames et fut immédiatement précédée par Mathieu; et Daniel me suivait tout près.

Je trouve intéressante l’idée de catégoriser les médailles. Évidemment, j’aurais préféré que l’argent couvre un intervalle de 30 minutes plutôt que 15… Enfin, pour les autres statistiques, le premier coureur franchissait la ligne d’arrivée en 1h35 et la première femme en 1h50. Le premier Québécois, Terry Gehl, terminait en 1h46 et le second, Louis-Philippe Garnier, le suivait tout près en 1h50. Le 4775e coureur fermait la marche en 4h42.

Tout compte fait, il s’agissait d’un très bel événement, bien organisé et sympathique. Je souhaite y revenir encore et je répète qu’il devrait exister davantage de courses de 30 km puisqu’il s’agit d’une distance qui représente un bon défi (plus qu’un demi) sans toutefois être aussi exténuante qu’un marathon. En outre, comme le soulignait mon ami Stéphane Lachapelle avec justesse et humour : « lorsqu’on frappe le mur, on est arrivé ! ». Pour ces raisons, je retournerai courir l’épreuve de 30 km à Québec le 3 mai prochain, pour la 3e année consécutive.

Marc Dagenais

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.